Pour en finir avec le Web 2.0

Le Web 2.0 va avoir 7 ans en 2011. Concept marketing, expression séduisante alliant évolutions culturelles et évolutions technologiques, le Web 2.0 s’essouffle. Non, pas en soi, mais en tant qu’expression. Utile pour populariser le contexte (2.0, c’est cool), l’expression brouille les cartes et masque une réalité plus complexe.

Javellisation du Web 2.0

À force d’être galvaudé, le terme perd son sens (s’il en avait vraiment un…). Chacun se l’approprie et en parle à sa manière, et en donne sa propre définition. Qu’est-ce que le Web 2.0 ? On ne sait plus trop. Entre les « gourous » des médias sociaux, les journalistes fascinés par Twitter, les politiciens qui veulent imiter Obama et les responsables marketing qui y voient une mine d’or, c’est difficile de démêler le vrai du faux, le superficiel de l’essentiel. Il faut aller au-delà de l’expression, et utiliser des termes chargés de sens, et non des « mots de javel ».

Alors, qu’est-ce que le Web 2.0 ? La notion de « 2.0 » implique le passage à autre chose, la transformation radicale, voire la révolution. De 1 à 2, le fossé est large, il ne s’agit pas de 1,16 ou de 1,38. Or cela ne reflète pas du tout la réalité. L’adoption de nouveaux outils, et leur appropriation, au sein des organisations, est longue et souvent tumultueuse (et pénible). Il y a les réfractaires (« c’est une perte de temps »), les craintifs (« Big Brother est là »), les enthousiastes (qui le sont parfois trop, ou pour les mauvaises raisons), etc. La gestion du changement est un art en soi.

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C’est la même chose du côté des consommateurs. Si les produits évoluent très vite, leur utilisation s’incorpore tranquillement dans les modes de vie. Exemple, le ipad2 sort au moment où une grande partie de la population se demande encore à quoi peut bien servir un iPad. Vive l’obsolescence programmée! Mais c’est un autre sujet… Revenons plutôt à notre bon vieux Web 2.0.

Le Web 2.0 est souvent définit comme étant finalement le « web participatif », c’est –à-dire que les internautes peuvent interagir davantage (par rapport aux débuts du web). C’est synthétique, mais je trouve qu’aujourd’hui cela ne suffit plus. Participer, mais c’est bien mignon, mais pourquoi faire ?

Les quatre axes du Web (2.0)

Le Web 2.0, c’est finalement la maturation du web et de ses fonctions. Une complexification par la multiplication des acteurs (les internautes) et de leurs pouvoirs d’interactions. Cette complexification se retrouve dans les 4 grands axes du web : informatif, commercial, social et collaboratif.

  • Web informatif : présentation de contenus (textes, images, vidéos, etc.), pensons à l’explosion de la blogosphère, et à des sites de plus en plus riches en contenus multimédia
  • Web commercial : commerce électronique, publicités, abonnements en ligne (oui, ce n’est pas honteux de faire de l’argent sur Internet)
  • Web social : nous nous connectons les uns les autres, que ce soit de manière professionnelle (LinkedIn) ou plus personnelle (Facebook)
  • Web collaboratif : le wiki fait la force

Ces dimensions sont présentes depuis le début du Web, leur développement s’est simplement radicalement accéléré à partir du début des années 2000. Il faut donc plus voir le Web 2.0 comme une évolution que comme une coupure.

Cela s’applique également aux autres déclinaisons de « 2.0 ». Tout est « 2.0 » aujourd’hui, : la politique, la mode, les boulangeries, les voitures, les musées… Nous (incluant la personne qui blogue) souffrons parfois de deuxpointzéroïte aigue. Si on comprend ce 2.0 comme une évolution, un objectif à atteindre (d’un point A à un point B), cela me paraît acceptable. Mais attention, ne pas y voir une « révolution ».

De nouveaux défis

Aujourd’hui, les quatre axes du Web mentionnés font face à de nouveaux défis. Car le web continue de se complexifier. Non, ne me parlez pas de Web 3.0, c’est pas le moment !

Voyons voir les défis à relever :

  • Web informatif : nous sommes en surdose d’informations – l’infobésité nous guette sérieusement (des millions de « tweets », de blogs, de messages, d’infolettres, etc.), et la gestion efficace de l’information va être plus que jamais un enjeu pour les organisations. On parle déjà beaucoup de « curation » et de « content curator« .
  • Web commercial : où sont les modèles d’affaires viables ? Le risque d’une bulle 2.0 est grand. Attention aux mirages et aux entreprises gonflées aux médias sociaux (ex: Facebook ?).
  • Web social : nous sommes tous « égo », ou le narcissisme et l’individualisme à son paroxysme
  • Web collaboratif : si la collaboration peut être la solution aux défis des 3 autres axes, pour que la collaboration soit efficace, les individus doivent être éduqués, formés et impliqués. Processus qui demande une vision de la part des dirigeants et des ressources appropriées.

Web collaboratif

Le web collaboratif est selon moi la dimension la plus intéressante du web. Moins médiatisé que « le social », plus complexe à mettre en œuvre que « l’informatif », le web collaboratif est amené à prendre de plus en plus de place. La mobilité accrue des travailleurs, le besoin de gérer efficacement les flux d’information, la modification du rapport au travail sont autant de facteurs qui vont encourager les organisations à explorer la voie de la collaboration.

Pour instaurer des initiatives de web collaboratif, les défis sont nombreux. Il s’agit moins de défis technologiques que culturels. Les individus doivent être éduqués, formés et impliqués pour que les projets fonctionnent. La culture de l’organisation doit être propice à de tels projets. Des stratégies efficaces de gestion de changement doivent donc être mises en place pour accompagner les acteurs du web collaboratif. C’est là qu’entre en jeu un stratège web, bien entendu.

38 comments on “Pour en finir avec le Web 2.0

  1. Mehdifo on

    Le web collaboratif : c’est justement notre projet.
    C’est sans doute l’avenir, mais le problème c’est qu’aujourd’hui n’importe qu’elle agence web se prétend experte en média sociaux et web collaboratif.
    Cela crée une énorme confusion et discrédite les acteurs spécialisés du secteur.

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  2. MathRobin on

    Je préfère aussi la notion de web collaboratif.

    En fait, j’ai dans l’espoir que nombre de professionnels finissent par pouvoir bénéficier de plus que les « réseaux sociaux » actuels et « groupes de travaux ». J’ai en tête de vrais outils de travaux collaboratifs. Je songe notamment à des outils comme la suite « V6 » proposée par Dassault Systèmes, présenté comme tel, comme du travail en collaboratif. A l’heure actuelle ce sont surtout des outils de gestion de projets et assimilables.

    Le web 2.0 sera vraiment mort pour moi quand le web collaboratif sera vraiment là et non plus à ses prémices.

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  3. Maryse Savard on

    Et pourtant, à l’heure où le web 2.0 s’essoufle, il y a encore des organisations qui ne connaissent pas le concept…Le web 2.0 existe depuis 7 ans, mais il a tardé à se faire connaitre plus largement…

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    • Christian Amauger on

      Attention, c’est le terme ou le concept « Web 2.0 » qui s’essouffle, et non pas le phénomène en tant que tel. L’utilisation du terme Web 2.0 lui a fait perdre du sens, mais le Web devient de plus en plus interactif et participatif (du moins en théorie).

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