La découverte ou l’ignorance

Du 14 au 23 mai, c’est la Fête de la Bretagne. Une région qui m’est chère, où j’ai grandi, et pour laquelle j’éprouve régulièrement des bouffées nostalgiques après 12 ans passés au Québec. Ma Bretagne, c’est celle des forêts obscures de Brocéliande, des côtes forgées par les caprices des vagues.

Soldat Louis, connu pour ses « chansons à boire » (le fameux « Du rhum des femmes« ), a aussi pondu le très beau et très pamphlétaire « C’est un pays« . La musique est quelconque mais les paroles me touchent beaucoup :

C’est un pays, fallait qu’j’t’en parle
Car j’l’ai dans l’coeur comme tu crois pas
Quand j’suis d’dans c’est pas normal
A croire que l’monde n’existe pas.

C’est pas fait pour les cons qui râlent
Après la pluie ou j’sais pas quoi
Moi j’l’aime mieux sous un ciel qui chiale
Balayé par un vent d’noroît.

Là-bas c’est la mer qui donne
Et qui reprend quand ça lui plaît
Et ce putain d’glas qui résonne
Quand elle a r’pris tout l’monde le sait.

Là-bas si c’est pas pour ta omme
On te le f’ra savoir vit’fait
Ils en ont vu passer des tonnes
De colons et voire même d’Anglais.

Et puis parfois toute la violence
Qui fait lever l’poing sur la place
qui rappelle qu’il y a méfiance
Après la langue on vise la race.

Qu’elle s’est pas trop gênée la France
Pour lui mettre les pieds dans la crasse
Des fois qu’l’idée d’indépedance
Ne laiss’rait pas vraiment de glace.

Car ça n’aime pas les conquérants
A la cupidité vénale
D’puis qu’une Duchesse encore enfant
S’est fait mettr’ d’une manière royale.

Sa liberté c’est l’océan
Qui la nuit va r’joindre les étoiles
Et sa terre qui a fait serment
D’être à jamais terre nationale.

C’est aux cris des oiseaux de mer
Quand il reviennent près du rivage
Que j’ai compris qu’il y a l’enfer
Mais qu’ça vaut toujours mieux qu’une cage.

Et même quand chaque jour est une guerre
Qui n’se lit que sur les visages
Ici on n’parle pas d’sa misère
Et encore moins de son courage.

Si j’en rajoute un peu, tant pis
Au début j’t’ai bien dit que j’l’aime
Dans tout c’merdier c’putain d’pays
M’tient plus chaud qu’la gonzesse que j’traîne.

J’ai pas fini d’l’ouvrir pour lui
Pour lui j’fil’rais même des chataîgnes
Au premier salaud qui l’détruit
Ou qui voudrait lui r’mettre des chaînes

On peut faire un parallèle assez intéressant avec le Québec avec ces paroles. En remplaçant « pluie » par « neige » notamment… Dans la même veine, il y a la magnifique chanson « La découverte ou l’ignorance » de Tri Yann (1976).

Ces paroles sont inspirées de « Comment peut-on être breton? » de Morvan Lebesque (l’extrait ci-dessous vient de Wikipedia) :

« Le breton est-il ma langue maternelle ? Non : je suis né à Nantes où on ne le parle pas. Est-ce que je le parle ? Rarement, et pas assez bien pour l’écrire. Suis-je même breton ? Vraiment, je le crois et m’en expliquerai. Mais de « pure race », qu’en sais-je et qu’importe ? Vous n’êtes donc pas raciste ? Ne m’insultez pas. Séparatiste ? Autonomiste ? Régionaliste ? Tout cela, rien de cela. Au-delà.

Mais alors, nous ne nous comprenons plus. Qu’appelez-vous breton ? Et d’abord, pourquoi l’être ?Question nullement absurde. Français d’état-civil, je suis nommé français, j’assume à chaque instant ma situation de Français ; mon appartenance à la Bretagne n’est en revanche qu’une qualité facultative que je puis parfaitement renier ou méconnaître. Je l’ai d’ailleurs fait. J’ai longtemps ignoré que j’étais breton. Je l’ai par moment oublié. Français sans problème, il me faut donc vivre la Bretagne en surplus ou, pour mieux dire, en conscience : si je perds cette conscience, la Bretagne cesse d’être en moi ; si tous les Bretons la perdent, elle cesse absolument d’être. La Bretagne n’a pas de papiers. Elle n’existe que dans la mesure où, à chaque génération, des hommes se reconnaissent bretons. À cette heure, des enfants naissent en Bretagne. Seront-ils bretons ? Nul ne le sait. À chacun, l’âge venu, la découverte ou l’ignorance.»

Ma fille est née le 20 juillet 2007 à Québec. Sera-t-elle bretonne? Sera-t-elle même québécoise? Impossible à prévoir. En attendant, je luis chante régulièrement la « Blanche Hermine » comme berçeuse. Cela peut toujours servir à construire sinon un pays, au moins un imaginaire…

3 comments on “La découverte ou l’ignorance

  1. jean sebastien on

    je partage tes sentiment Christian , cela fais 5 ans que je suis au quebec, j adore cet endroit , mais ma Bretagne me manque a chaque jour … , n hesite pas a passer a la boulangerie si ca te tente
    jean sebastien

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    • Christian Amauger on

      Je passerai probablement un de ces jours, depuis le temps que j’entends parler partout de votre boulangerie! 🙂
      Idem si vous passez à Québec, venez me faire coucou.

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  2. Pierre Ninon on

    Ce sentiment d’appartenance reste toujours très fort en ce qui me concerne (et je ne suis pas le seul).
    C’est dommage que la devise « Je me souviens » soit déjà prise.

    A bientôt au Babylone pour la fête de la Bretagne à Québec.

    Pierre.

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