Internet au travail : arrêtons d’avoir peur du grand méchant Web

Au lieu d’enquêter sur le « cyberflânage« , la ville de Québec ferait bien mieux d’impliquer ses employés dans la mise en place d’une charte d’utilisation d’Internet ouverte et concertée.

Après avoir dépensé 1 million de dollars pour pincer 29 employés en 2007, la ville de Québec va procéder en effet à une seconde enquête. Les autorités municipales vont embaucher une firme privée, SIRCO, pour enquêter sur l’utilisation inappropriée d’Internet chez certains employés. L’entreprise précise dans son site Internet qu’«une utilisation inappropriée ou abusive des équipements informatiques peut aussi être source de préjudice et mettre en cause la responsabilité juridique de l’entreprise : fraude, détournement d’usage, diffamation, discrimination, utilisation illicite, vol de propriété intellectuelle, etc.».

Cette enquête soulève bien sûr la question de la protection de la vie privée, comme l’a souligné Jean Gagnon (président du Syndicat des fonctionnaires municipaux de la Ville de Québec) :

«Même si on est au travail, il subsiste quand même une « bulle » de vie privée pour les employés municipaux qui est reconnue par le Tribunal du travail. Les employés ont le droit d’écrire un courrier électronique à leur famille ou de prendre rendez-vous avec un médecin ou un psychologue. À la limite, l’enquête de la Ville pourrait contrevenir à la Charte des droits et libertés.»

Mais parlons plutôt Web. Je retrouve ici une angoisse qui tourmente bien des dirigeants d’organisation : que leurs employés perdent leur temps sur Internet. Avec l’arrivée des messageries en temps réel et des médias sociaux en général, cette angoisse se transforme en peur panique. Le « cyberflânage » inquiète. Ah bon. Il me semble pourtant que l’être humain n’a jamais eu de problème à perdre son temps, et il n’a certainement pas attendu l’invention de Facebook ou de Youtube pour cela. Ni celle de la machine à café d’ailleurs.

Les politiques de répression ne sont jamais profitables à l’environnement de travail. Pourquoi créer des conflits qui n’ont pas lieu d’être? Il faut arrêter de voir Internet comme cet horrible chronophage et les employés comme des irresponsables. Une politique d’ouverture et de concertation serait bien plus appropriée. Au lieu d’enquêter sur l’improductivité de quelques individus, pourquoi ne pas en discuter avec tout le monde? Impliquer ses employés dans la mise en place d’une charte d’utilisation d’Internet serait une idée bien plus judicieuse et un bien meilleur investissement des fonds publics. Arrêtons d’avoir peur du grand méchant Web.

Concrêtement, il serait intéressant de mettre en place des formations pour les employés de la ville de Québec afin de les responsabiliser sur leur utilisation d’Internet au travail, et pourquoi pas de les inciter à « professionnaliser » une utilisation vue jusqu’alors comme improductive (cf. mon article Stratégie Web 2.0 : impliquez votre équipe). En parlant de leur travail sur les médias sociaux par exemple, les employés municipaux pourraient combattre bien des mythes et des préjugés. Cela serait l’instauration d’une dynamique bien plus positive qu’une chasse aux sorcières.

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