Google Art Project : la belle et la critique

En février, Google a lancé Art Project. Ce site permet aux internautes du monde entier de découvrir en ligne plus d’un millier d’oeuvres d’art dans leurs moindres détails. Ce projet est le fruit d’une collaboration exceptionelle entre Google et quelques-uns des musées les plus célèbres du monde. Le résultat est magnifique, mais s’agit-il d’une voie à suivre pour les musées aujourd’hui?

Google Art Project : une belle plateforme

Pour Art Project, Google a travaillé avec pas moins de 17 musées – dont le Château de Versailles en France, le MoMA et le Met à New-York, le Tate Britain et la National Gallery à Londres, ou encore le Musée Reina Sofía à Madrid – pour présenter leurs oeuvres aux internautes.

Sur Art Project, on retrouve une sélection d’oeuvres d’art célèbres photographiées en très haute résolution et plus d’un millier oeuvres de plus de 400 artistes internationaux. Des vues panoramiques à 360 degrés de chaque galerie ont également été créées grâce la technologie Street View, spécialement adaptée pour fonctionner à l’intérieur. J’avais eu la chance de pouvoir avoir une présentation de certaines avancées technologiques de Street View au mois de novembre dernier – je suis content de voir leur concrétisation sous cette forme!

Un tour du monde de l’art
Les œuvres présentées constituent un véritable tour du monde de l’art : de La Naissance de Vénus de Botticelli aux œuvres post-impressionnistes de Cézanne, en passant par les plafonds du Château de Versailles, ou encore les toiles de Rembrandt. Au total, 486 artistes du monde entier sont représentés.

Des oeuvres d’art en très haute résolution
La haute résolution des images des oeuvres d’art, combinée avec un zoom sur mesure, permet aux amateurs d’art de découvrir des détails qu’ils n’ont peut-être jamais vus d’aussi près, tels que les minuscules personnages au bord de la rivière dans la Vue de Tolède d’El Greco ou chaque point du tableau Grandcamp, un soir de Seurat.

Chacun des 17 musées a également choisi une œuvre pour la photographier d’encore plus près avec un appareil photo produisant des images d’une résolution de plusieurs gigapixels (plus de 14 milliards de pixels), ce qui permet d’étudier les détails du coup de pinceau et de la patine qui sont invisibles à l’œil nu.

Vous pourrez ainsi découvrir, au cours de votre visite virtuelle du Château de Versailles toutes les subtilités du célèbre tableau, Marie-Antoinette de Lorraine-Habsbourg, Reine de France et son enfant, par Elizabeth Vigée-Lebrun.

Une visite virtuelle des musées grâce à la technologie Street View
Vous pouvez parcourir virtuellement les galeries des musées. Un « trolley» Street View a été spécialement conçu pour réaliser des prises de vue à 360 degrés à l’intérieur de certaines galeries qui ont ensuite été assemblées pour parcourir en toute tranquillité les 385 salles des musées concernés. Les photographies de ces galeries sont également disponibles directement via Street View sur Google Maps.

Créez votre collection personnelle
L’outil « Créer une collection d’œuvres d’art » vous permet d’enregistrer des vues spécifiques de toute œuvre présentée pour créer votre collection personnelle. Vous pouvez y ajouter des commentaires et partager votre collection avec des proches. Cet outil permet par exemple à des étudiants ou des groupes de travailler ensemble sur des projets ou collections.

Google Art Project : vision critique

Art Project a reçu beaucoup d’éloges. Il y a cependant des interrogations et quelques notes discordantes, comme l’a soulevé Framablog.

Adrienne Alix, présidente de Wikimedia France, partage dans son blog personnel ses craintes quant à la solution proposée par Google. Elle voit cette dernière comme « une solution verrouillée », dans laquelle l’internaute ne peut pas réutiliser les œuvres montrées :

« On visite, on ne touche pas. On ne s’approprie pas. On est spectateur, et c’est tout. Je crains que par envie de contrôle de l’utilisation des reproductions d’œuvres conservées dans les musées, la notion de domaine public recule. »

Une crainte compréhensible pour une « wikimédienne », pour laquelle il est important de mettre librement à disposition sur Wikimedia Commons des photographies de qualité et de permettre à tous de les utiliser. Une tâche complexe, car « il est souvent difficile de faire admettre aux musées qu’il est bon de permettre cette très large diffusion de la culture. »

Un autre point soulevé par Adrienne Alix est qu’au-delà de l’aspect esthétique de Art Project, nous n’avons pas ici une vision vraiment « 2.0 » du patrimoine :

« J’ai même une furieuse impression de me retrouver dans un CD-ROM d’il y a 10 ans, ou dans le musée de grand-papa. »

La solution de Google est technologiquement impressionante, mais les musées ne doivent pas voir en effet cette plateforme comme une solution facile à la rédifinition de leur rôle à l’ère numérique. Parce qu’un musée ce n’est pas juste un lieu, un espace dans lequel on entrepose de « belles choses ». Un musée, c’est aussi une institution, avec une  mission de transfert de la culture au public. Un musée « 2.0 » doit donc aller au-delà de la simple expérience visuelle. Mais pour aller où? Et comment? Je vais explorer un peu ces questions dans mes prochains articles.

Et pour vous, c’est quoi un musée?

3 comments on “Google Art Project : la belle et la critique

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